Ministère des Affaires Etrangères et des Sénégalais de l'Extérieur

Allocution de Son Excellence Monsieur Mankeur NDIAYE, Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur à l’occasion de son intervention lors du Segment de haut niveau de la 34ème session du Conseil des droits de l’homme.

 

Genève, le 27 février 2017. 

                                                                                                                                     

Monsieur le Président du Conseil des droits de l’homme,

Monsieur le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole aujourd’hui dans cette auguste salle du Conseil des Droits de l’Homme.

Permettez-moi tout d’abord d’adresser à Monsieur l’Ambassadeur Joaquín Alexander Maza Martelli et à l’ensemble du bureau mes sincères félicitations pour leur élection à la Présidence du Conseil des droits de l'homme. Je leur exprime également tous mes vœux de succès.

Monsieur le Président,

Le Conseil des droits de l’homme que vous avez l’honneur de diriger est à la croisée des chemins en cette période où de graves menaces pèsent sur les droits de l’homme.

En dix ans d’existence, le Conseil a connu un réel succès en matière de promotion et de défense des droits de l’homme partout dans le monde.

L’une des valeurs ajoutées qu’il a apportées reste sans aucun doute sa capacité d’alerte sur les violations des droits de l’homme et la création de mécanismes innovants déployés sur le terrain pour documenter ces violations et convaincre les Gouvernements concernés de prendre les mesures qui s’imposent.

Dans cette même dynamique, il me plait aussi de magnifier le rôle constructif du mécanisme de l’Examen Périodique Universel (EPU), véritable espace de dialogue sur les droits de l’homme.

Fournissant à chaque Etat l’opportunité de présenter les mesures qu’il a prises pour améliorer la situation des droits de l’homme sur son territoire et remplir ses obligations en la matière, l’EPU est assurément un mécanisme qu’il faut pérenniser et améliorer.

Le Sénégal s’évertuera, comme il l’a fait dans le cadre du premier et du deuxième cycle de l’EPU, à remplir ses obligations internationales en la matière et à continuer à coopérer avec tous les autres mécanismes du Conseil des droits de l’homme, dans la perspective de notre 3ème passage, prévu en octobre/novembre 2018.

Monsieur le Président,

L’importance que revêt le respect de tous les aspects des droits de l’homme pour la stabilité du monde doit être réaffirmée par tous les membres de la famille des Nations Unies.

Le Sénégal a eu l’insigne honneur d’être élu membre du Conseil dès sa création en juin 2006, puis a été réélu en 2009 pour un second mandat.  Il s’y ajoute qu’au regard de son engagement en faveur de la réalisation des idéaux des Nations Unies, le Sénégal a été élu en 2015 comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, pour une période de deux ans.

Cette opportunité nous permet de contribuer à la prévention et à la résolution des conflits mais aussi à apporter des solutions aux graves menaces qui pèsent sur notre planète. 

Au titre de la présidence sénégalaise du Conseil de sécurité intervenue au mois de novembre 2016, notre pays a initié d’importantes actions portant, notamment sur le financement des Operations de Maintien de la Paix, la lutte contre la rhétorique et l’idéologie extrémiste et le renforcement de la coopération autour de l’Eau, pour un monde plus stable et plus pacifique.

A cet égard, la thématique sur « eau, paix sécurité » a été examinée par le Conseil de sécurité en sa séance du 22 novembre 2016, pour la première fois, en soixante-onze ans d’existence. Cette thématique constitue une des contributions du Sénégal à la prévention des conflits liés à l’accès à l’eau, ressource vitale pour l’Humanité qui se raréfie de plus en plus et qui doit être non pas une source de conflit mais un instrument de paix et de coopération.

Poursuivant sur cette même dynamique, le Sénégal a suscité un débat sur la problématique des Operations de Maintien de la Paix dans le contexte des menaces asymétriques avec pour objectif d’amener la Communauté internationale à réévaluer fondamentalement le mandat confié aux casques bleus.

L’actualité récente a montré que de nombreuses et graves violations des droits de l’homme ont été commises dans des zones où interviennent des casques bleus, qui en raison d’un mandat trop restrictif, n’ont pu intervenir au grand dam de victimes innocentes.

Devons-nous dès lors continuer à rester impassible face aux massacres de populations civiles, de viols, de rapts d’enfants dans des zones de conflits ?

De notre avis, le Conseil des droits de l’homme doit aussi se pencher sur cet aspect au nom de la lutte contre l’impunité et de la responsabilité de protéger. Mais, pour atteindre ce but, les Etats doivent faire en sorte que le Conseil puisse remplir efficacement sur le terrain le mandat que nous lui avons confié, sur la base des principes convenus d’interdépendance, d’universalité et d’indivisibilité des droits de l’homme. C’est l’occasion aussi pour le Sénégal de réaffirmer devant la Communauté internationale notre attachement indéfectible à la Cour Pénale Internationale.

A ce sujet, il nous semble important d’agir sur deux leviers : d’une part, faire preuve de plus de volontarisme politique pour aider le Conseil à mettre en œuvre les résolutions adoptées et, d’autre part, renforcer les moyens budgétaires du Conseil et du Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Monsieur le Président,

Si j’ai fait référence à ces problèmes de sécurité, c’est que comme nous le savons tous, les droits de l’homme et la sécurité vont de pair. Sans la sécurité, il n’y a pas de droits de l’homme. De même, toute politique de sécurité doit être bâtie autour du respect des droits fondamentaux de l’homme.

Il en est ainsi des défis qui se dressent à nous dont la plus grave pour le monde libre est la montée de l’extrémisme violent. A l’occasion de sa participation au débat général de la 71ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, Son Excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République du Sénégal a souligné « qu’il faut éviter d’attiser le feu des antagonismes et d’exacerber le choc des civilisations dont rêvent les extrémistes de tous bords ». « Face à la menace terroriste globale qui nous concerne tous, a-t-il ajouté, le bon sens commande plutôt de coopérer pour vaincre le mal par une réponse globale, solidaire et concertée ».

En effet, qu’il s’agisse des changements climatiques, de l’extrême pauvreté, de l’extrémisme violent, de la crise de la migration, qui relèvent tous des droits de l’homme, la réponse doit être une riposte coordonnée impliquant l’ensemble des pays du monde. Les actes terroristes observés dans le monde ces dernières années révèlent qu’aucun pays n’est à l’abri.

Monsieur le Président,

Abordant l’ordre du jour de cette 34ème session, je voudrais me féliciter du thème des panels sur les droits de l’enfant et sur celui portant sur la Mortalité maternelle qui sont au cœur de nos politiques sociales.

S’agissant de la promotion des droits des enfants, je voudrais signaler que le Sénégal a adopté depuis le 27 décembre 2013, la Stratégie Nationale de Protection de l’Enfant, qui constitue un des piliers d’une véritable « révolution » dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’enfant.

Cette « révolution », sous-tendue par un consensus social fort, fédère toutes les parties prenantes (Etat, Communautés, Partenaires Techniques et Financiers) autour d’une vision commune et des objectifs stratégiques qui visent principalement à mettre en place un système national intégré de protection de l’enfant et à appuyer et promouvoir un changement social positif.

Cette plateforme a été d’ailleurs présentée, avec succès, devant la 71eme session du Comité des droits de l’enfant qui a examiné le rapport du Sénégal en janvier 2016.

Sur cette lancée, l’Etat a inscrit le thème de la lutte contre la traite des enfants parmi ses priorités. Des dispositions sont prises pour mettre un terme à leur exploitation, et des programmes sont initiés pour leur retrait de la rue et leur insertion sociale.

Au demeurant, il convient de souligner la mise en place d’un mécanisme de coordination entre les forces de sécurité et les intervenants directs pour renforcer la surveillance des mouvements d’enfants le long des zones frontalières et sur les axes routiers. Cette série de mesures a permis de poursuivre pénalement les personnes qui incitaient les enfants à la mendicité.

Cette même attention a été accordée à l’amélioration de la situation des femmes, avec plusieurs mesures de haute portée, notamment, la parité absolue homme/femme dans les assemblées électives, la possibilité pour la femme de transmettre la nationalité à son enfant et à son époux, la gratuité de la prise en charge pour les femmes en état de grossesse, la couverture maladie universelle, la gratuité de la césarienne et les bourses de sécurité familiale.

Sur un autre plan, Le Sénégal déploie les efforts nécessaires en vue d’améliorer les conditions de détention dans les lieux de privation de liberté avec la conviction qu’en aucune manière, ces lieux ne doivent être considérés comme des espaces de non droit.

Conformément au Protocole facultatif a la Convention contre la Torture de 1984, il a été institué par la loi n 2009-13 du 02 mars 2009 l’Observateur national des Lieux de Privation de Liberté, autorité administrative indépendante qui est devenue opérationnelle depuis 2012.

Par ailleurs, il est prévu de construire une nouvelle prison de 1500 places dans la zone péri-urbaine de la capitale sénégalaise et 6 établissements pénitentiaires régionaux de 500 places.

 Monsieur le Président,

Je voudrais conclure en annonçant que le Sénégal va présenter sa candidature pour devenir membre du Conseil en 2018-2020 afin de continuer à apporter sa contribution à la promotion et à la défense des droits de l’homme.

Je voudrais donc saisir ma présence à cette tribune pour solliciter l’appui de tous les Etats membres des Nations Unies pour qu’ensemble, nous puisons travailler à l’édification d’un monde plus juste et plus en sécurité car plus respectueux des droits de l’homme.

Je vous remercie de votre aimable attention.