Genève, le 26 février 2018

Allocution de Son Excellence Maître Sidiki KABA, Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur à l’occasion de sa participation au segment de haut niveau de la 37ème session du Conseil des droits de l’homme,

Monsieur le Président du Conseil des droits de l’homme,
Monsieur le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur pour moi de prendre la parole, au nom du Sénégal, au sein dans cette auguste salle du Conseil, organe essentiel pour le renforcement du respect et de la promotion des droits de l’homme dans le monde.

Je voudrais remercier et féliciter Monsieur le Président du Conseil, l’Ambassadeur Vojislav ŠUC de la Slovénie et les vice-Présidents pour le travail déjà entrepris en vue de renforcer l’efficacité du Conseil des droits de l’homme.

Qu’il me soit permis aussi de remercier Monsieur Zeid R’aad AL Hussein, Haut-Commissaire aux Droits de l’homme qui, tel Sisyphe, déploie d’innombrables efforts, au quotidien, pour promouvoir et défendre les droits de l’homme partout dans le monde, en alertant la Communauté internationale chaque fois que des situations urgentes se présentent.

Monsieur le Président,

Le Sénégal a eu l’honneur d’être élu membre du Conseil des droits de l’homme pour la période 2018-2020, le 8 octobre 2017, à New York. Il a été élu avec le meilleur score de 188 voix sur 193 votants.
Cela montre, encore une fois, la confiance que la communauté internationale témoigne, de manière constante, à notre pays, qui, sous la vision de Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République, reste attaché à la promotion de la paix et de la sécurité internationales ainsi qu’à la défense et à la promotion des droits de l’homme. C’est la source de la stabilité de notre pays qui repose sur le socle de l’Etat de droit et du respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme. C’est aussi la raison de sa démocratie qui produit des alternances pacifiques.
C’est l’occasion, pour moi, de remercier, en son nom et mon nom personnel tous les Etats qui ont soutenu notre candidature et voté avec un bel élan.
Nous nous engageons à assumer cette responsabilité dans un esprit constructif avec tous les autres Etats membres et avec la société civile.
Je voudrais rappeler que le Sénégal, fidèle à une longue tradition puisée dans sa culture de tolérance, de respect de la différence, continuera de rester dans le peloton de tête des pays les plus respectueux des droits de l’homme. C’est dans ce cadre d’ailleurs que notre pays soumettra son rapport à la 31ème session de l’EPU, en novembre 2018.

En matière de soumission de rapports aux organes de traité, nous sommes heureux de vous informer que nous sommes à jour dans ce domaine.
En tant que membre du Conseil, nous continuerons d’accorder une attention particulière aux droits de l’enfant, des femmes et des personnes âgées, des personnes handicapées mais aussi à l’élargissement des espaces de libertés et la promotion des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux.
C’est tout le sens du concept « un Sénégal pour tous, un Sénégal de tous » qui a pour ambition d’améliorer chaque jour davantage les conditions de vie de nos concitoyens, dans le cadre d’un Etat de droit reposant sur le socle de la règle de droit et du respect des libertés fondamentales.
S’agissant des enfants, nous sommes alarmés par le dernier rapport de l’UNICEF qui indique que plus de 250.000 enfants sont impliqués dans les conflits armés.
Or, nous ne cessons jamais de le répéter. La place de ces enfants est dans les écoles ou dans les centres de formation. Il nous faut donc trouver des solutions pour mettre un terme à l’enrôlement des enfants dans les conflits. Il est inconcevable que les adultes leur ôtent leur droit à un avenir et leur chance de vivre dans un monde de paix et en paix.
C’est pourquoi, je salue la tenue, au cours de cette 37ème session du Conseil, de débats consacrés à la question des enfants dans les conflits armés.
De même, il me plait de saluer la tenue du débat interactif annuel sur les droits des personnes handicapées. Je voudrais, à ce sujet, souligner qu’en tant qu’Etat partie à la Convention sur les droits des personnes handicapées, le Sénégal a pris d’importantes mesures pour renforcer les droits de cette couche vulnérable.
A côté de la loi d’orientation sociale, n° 2010-15 du 6 juillet 2010, qui est le cadre de référence de notre dispositif institutionnel en matière de prise en charge et d’intégration des personnes handicapées dans notre société, le Gouvernement du Sénégal a aussi institué la Carte d’égalité des chances qui est une mesure à fort impact social.
Elle consiste en un système de protection sociale qui leur offre des avantages multiformes dans les domaines de la santé, de l’appareillage, du transport, de l’éducation, de la formation, des financements, de l’emploi, entre autres. A ce jour, 50.000 cartes ont été établies au profit des personnes handicapées.
Je me réjouis aussi de la Commémoration de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, avec en point d’orgue, la tenue d’un panel qui permettra de renforcer notre attention sur le racisme et ses multiples manifestations qui ont malheureusement tendance à se banaliser. Ne perdons jamais notre capacité d’indignation et d’action contre ce fléau attentatoire à la dignité humaine.

Notre attention se concentrera sur l’éducation aux droits de l’homme. A cet égard, je rappelle que le Sénégal est membre, aux côtés de pays partenaires, de la plateforme sur l’Education et la Formation aux droits de l’homme, qui en est à sa 4ème phase.

Puisque « l’éducation libère l’homme », il est de notre responsabilité dans ce contexte de menaces multiformes, de préparer la jeunesse en lui inculquant les notions fondamentales de tolérance, de respect de la vie et de l’être humain et de sa dignité afin de lui éviter d’être instrumentalisée par les discours haineux, racistes ou xénophobes véhiculés par les groupes extrémistes de tous bords.
La protection des droits des migrants ainsi que des personnes handicapées, les changements climatiques et leurs impacts sur les populations, particulièrement en Afrique, sont aussi des thèmes prioritaires pour le Sénégal.
S’agissant des migrants et autres réfugiés, notre devoir est de protéger ces personnes confrontées à de nombreuses difficultés qui ont pour nom xénophobie, négation de leurs droits, discrimination, bref toutes sortes de pratiques jugés inhumaines et dégradantes qui contribuent à les fragiliser et à les rendre vulnérables.
En vue de mettre un terme à ces difficultés, le Sénégal encourage l’ensemble des parties prenantes à finaliser courant 2018 les deux Pactes en cours de négociation portant sur la Migration et les réfugiés. Ceux-ci viendront renforcer les instruments internationaux déjà en place sur ces deux problématiques.

Monsieur le Président,
Le Conseil des droits de l’homme qui incarne le 3ème pilier fondamental des Nations unies, à côté de la Paix et de la sécurité internationales et du Développement, doit être mieux soutenu pour lui permettre d’assumer son mandat.
Le Conseil continue de susciter beaucoup d’espoirs et l’augmentation considérable de son programme de travail est révélateur de son succès mais qu’en est-il de ses résultats sur le terrain ?
Remplit-il assez efficacement son rôle de prévention ? Accorde-t-il toute l’assistance nécessaire aux individus dont les droits ont été bafoués ? Comment comprendre en ce 21ème siècle et 70 ans après l’entrée en vigueur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, que l’on puisse assister à la résurgence de l’esclavage, à la persistance de la traite des êtres humains dont les femmes et les enfants, à l’extension de l’extrême pauvreté.
Nous pensons que ces questions doivent mobiliser la communauté internationale et tous les acteurs concernés pour qu’ensemble l’on y mette un terme au nom de la dignité humaine.
Aujourd’hui, il est impérieux de renforcer l’efficacité du Conseil des droits de l’homme et non de l’affaiblir. Cela ne fera que l’affaire des extrémistes qui cherchent à détruire tout le système de sécurité collective édifié avec beaucoup de peine après la tragédie de la 2ème guerre mondiale.
Les droits de l’homme ont une dimension transversale. Ils sont au cœur de toutes les problématiques du monde, notamment les changements climatiques, la migration, le développement, les questions alimentaires, l’accès au logement ou aux médicaments, à l’eau, à l’instruction, à la sécurité.
L’interaction de ces questions doit nous amener à renforcer le multilatéralisme qui est l’une des principales valeurs ajoutées des Nations Unies.
Et face à ces multiples défis, seule une riposte concertée impliquant tous les Etats peut nous permettre de venir à bout des menaces qui assaillent notre monde.
Le Sénégal réitère son attachement aux mécanismes de protection du système multilatéral, en tant qu’instruments permettant d’améliorer la situation des droits de l’homme au niveau national, de renforcer les capacités des Etats à faire face à leurs obligations internationales, ainsi que d’échanger des meilleures pratiques dans la promotion et la protection des droits humains.

Monsieur le Président,
La coïncidence entre la 37ème session du Conseil des droits de l’homme et le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) ainsi que le 25ème anniversaire de la Déclaration de Vienne et du Programme d’action (VDPA) interpelle la conscience de la Communauté internationale sur les engagements pris à l’occasion de l’adoption de ces deux grands instruments, qui sont des références de portée universelle en matière de droits de l’homme.
Je voudrais conclure en réaffirmant que le Conseil des droits de l’homme est à la croisée des chemins. La lueur d’espoir qu’il a suscité en juin 2006, au moment de sa création, doit être entretenu par un engagement de toute la communauté internationale.
Travaillons pour préserver le caractère indivisible, indissociable, interdépendant et universel des droits de l’homme.
Continuons de refuser le repli identitaire, les discours populistes, xénophobes et extrémistes, bref, le rejet de l’autre qui conduit à la violence, à la guerre et à la destruction de vies humaine.

Je puis vous affirmer que le Sénégal sera toujours debout pour ce combat.
Je vous remercie de votre aimable attention.