Ministère des Affaires Etrangères et des Sénégalais de l'Extérieur

Un Peuple-Un But-Une Foi
République du Sénégal

DECLARATION DE S.E.M MANKEUR NDIAYE, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DES SENEGALAIS DE L’EXTERIEUR

au débat public du Conseil de sécurité sur « LE RENFORCEMENT DES CAPACITES AFRICAINES DANS LE DOMAINE DE LA PAIX ET DE LA SECURITE »
Monsieur le Président,

Je voudrais, tout d’abord, vous féliciter personnellement, ainsi que le Gouvernement chinois, pour votre accession à la Présidence mensuelle du Conseil de Sécurité et saluer l’organisation de ce débat que votre pays, la République Populaire de Chine, a décidé de consacrer au « Renforcement des capacités africaines en matière de paix et de sécurité ».

Cette problématique, à laquelle le Sénégal attache une importance toute particulière, a occupé une bonne place dans les discussions lors du débat que mon pays avait organisé en novembre dernier sur le partenariat entre l'ONU et l'Union africaine.

C’est donc l’occasion pour moi de vous assurer que le Sénégal apprécie hautement l'engagement résolu et constant de la République populaire de Chine aux cotés de l’Afrique.

Permettez-moi aussi, Monsieur le Président, de remercier pour son importante déclaration, le Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, à qui nous réitérons tout notre soutien pour sa ferme détermination à œuvrer à la promotion de la paix et de la sécurité dans le monde et, en particulier, en Afrique.

Mes remerciements vont également au représentant de l’Union africaine (information non encore disponible) pour son importante communication, qui a permis d’éclairer nos débats.

Monsieur le Président,

Notre débat d’aujourd’hui s’inscrit, assurément, dans une dynamique d’optimisation de l’énorme potentiel dont disposent l’Union africaine et les Communautés économiques régionales africaines en matière de maintien de la paix et de de sécurité ; potentiel dont l’usage à bon escient pourrait permettre de faire face efficacement aux immenses défis du Continent dans ce domaine.

Convaincus de l’importance d’un partenariat stratégique dans les efforts visant à maintenir la paix et la sécurité en Afrique, nous pensons que la problématique du renforcement des capacités africaines en la matière, doit être appréhendée dans le cadre des réflexions en cours sur l’intensification de la coopération qui lie les Nations Unies à l’Union africaine (UA) et ses Communautés économiques régionales.

C’est sous ce rapport que ma délégation se félicite de la dynamique positive de renforcement des partenariats en matière de paix et de sécurité entre LES DEUX (02) organisations.

A cet égard, la visite du Secrétaire général Monsieur GUTERRES au siège de l'Union Africaine à Addis-Abeba, en janvier 2017, et celle du Président de la Commission de l'UA, Monsieur Moussa Faki MAHAMAT, au siège de l'ONU, à New

York, en avril 2017, dans le cadre de la première Conférence annuelle conjointe entre le Secrétariat de l'ONU et la Commission de l'UA, témoignent d’un regain de dynamisme qui mérite d’être salué. C’est d’ailleurs au cours de cette rencontre périodique qu’a été signé le cadre commun pour un partenariat renforcé dans le domaine de la paix et de la sécurité.

Monsieur le Président,

Avec l’expérience de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA), déployée par la CEDEAO, de la Mission internationale de soutien à la République Centrafricaine sous conduite africaine (MISCA), ou encore de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), pour ne citer que celles-là, l’Union africaine et ses organisations sous-régionales ont su démontrer leurs capacités à apporter les premières réponses aux conflits qui éclatent sur le continent.

Au niveau sous régional, les résultats tangibles des opérations menées par la CEDEAO dans la résolution de plusieurs crises avec notamment le déploiement de sa Brigade de surveillance du cessez-le-feu (ECOMOG) sur de nombreux théâtres, y compris au Liberia, ainsi que de ses Missions en Guinée Bissau (ECOMIB) et en Gambie (ECOMIG), attestent du rôle crucial que les organisations sous régionales africaines peuvent jouer dans la promotion de la paix sur le Continent.

Toutefois, les leçons apprises notamment dans les transitions des opérations de paix de l’UA vers des opérations de maintien de paix de l’ONU, montrent les

limites des organisations africaines sur les plans logistique, opérationnel et capacitaires.

A cela s’ajoutent la complexité des nouveaux défis dans le domaine de la paix et de la sécurité, en particulier en Afrique, avec la montée de l’extrémisme violent, la prolifération des groupes terroristes qui se nourrissent d’activités criminelles de tous genres, tout en usant d’outils et de procédés sophistiqués, sans compter la cybercriminalité qui menace aussi bien la souveraineté des Etats que la sécurité des populations.

Avec plus de vingt mille (20.000) attaques enregistrées par année en Afrique, la cybersécurité constitue un des défis majeurs qui mettra à rude épreuve nos capacités à faire face aux procédés ingénieux et sophistiqués de leurs auteurs. C’est conscient de l'acuité de cette problématique que le Sénégal et l'Espagne avaient coorganisé, en décembre 2016, une réunion sous la formule Arria sur le sujet, avec la participation d'industriels, de juristes et des agences de sécurité nationales et internationales en la matière.

Un autre défi majeur qui doit recueillir une plus grande attention du Conseil est celui de la sécurité maritime ; question qui a été, d’ailleurs, largement discutée en octobre 2016, à Lomé, lors du premier Sommet de l'UA, consacré à ce thème, à l’issue duquel a été adoptée la Charte sur la sûreté et la sécurité maritime qui sera incluse dans la Stratégie africaine intégrée pour les mers et pour les océans (2012) à l’horizon 2050.

Monsieur le Président,

Comme en témoignent plusieurs initiatives en cours, les Etats africains concernés, ont fort heureusement renforcé leur mobilisation et leur coopération pour faire face auxdites menaces à la paix et à la sécurité, malgré leurs capacités limitées.

Aussi, voudrais-je saluer, à titre d’exemple, les efforts des pays participant à la Force multinationale mixte, qui ont permis de réduire les moyens opérationnels et l’avancée de Boko Haram.

Je me félicite également des efforts de coordination intra-africaine appuyés par les organismes compétents de l'ONU, notamment la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (DECT ou CTED en anglais) pour développer des approches, stratégies et actions holistiques pour mieux appréhender et affronter les menaces, y compris terroristes, en favorisant le développement des synergies entre, d’une part, le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel, et d’autre part, le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l'Afrique centrale, en particulier dans la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.

Je pense également à la mise en place de la Force conjointe G5 Sahel (FC-G5S) dont le déploiement a été salué par le Conseil de Sécurité par sa résolution 2359 (2017).

Mais, au-delà de ces efforts très louables, il convient de renforcer la mobilisation internationale et d’adopter une démarche qui privilégie la prise en compte des causes profondes des conflits afin de conjurer, à jamais, les violences et les guerres qui hypothèquent sérieusement l'avenir de nombreux pays africains.

C’est tout l’esprit du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, que Son Excellence Monsieur Macky SALL, Président de la République du Sénégal a pris l’engagement de pérenniser depuis l’organisation de la première Edition en 2014.

Les trois premières éditions ont connu un succès international significatif en ayant rassemblé quelques 500 participants de haut niveau venus du monde entier.

Mieux, elles ont été l’occasion d’échanges fructueux ayant contribué à mieux cerner les nouveaux enjeux sécuritaires et stratégiques auxquels fait face le continent. Elles ont permis par ailleurs de faire émerger de nouvelles approches dans les politiques de défense, de sécurité et de développement, et de renforcer les partenariats africains avec les instances internationales.

Aussi, me plait-il de vous convier à la Quatrième édition dudit Forum, prévue à Dakar, les 13 et 14 novembre 2017, sera consacrée aux nouveaux enjeux stratégiques du continent, avec pour thème « Défis sécuritaires actuels en Afrique : pour des solutions intégrées ».

Il va sans dire que le renforcement des capacités africaines dans le domaine de la paix et de la sécurité sera au cœur des échanges.

Monsieur le Président,

La mise en place de l’architecture de paix et de sécurité de l’UA (APSA), est l’expression de la volonté réelle de l’UA de prendre à bras le corps les questions liées à la paix et à la sécurité du Continent, malgré le nombre et l’ampleur des difficultés à surmonter dans ce domaine.

En témoigne l’adoption de la feuille de route 2016- 2020 qui vise, entre autres, à prévenir et à lever les obstacles à la pleine opérationnalité de l’APSA, une pleine opérationnalité à laquelle nous devons résolument œuvrer en vue de renforcer qualitativement les capacités de l’Union Africaine dans le domaine de la paix et de la sécurité.

Le renforcement du partenariat existant avec l'ONU, aux niveaux, stratégique et opérationnel, devrait assurément permettre à l’Union africaine de se doter d’outils appropriés pour une action efficace face à l'évolution des défis sécuritaires auxquels l’Afrique est confrontée et dont l'appréhension requiert, par ailleurs, la prise en compte de la dimension « pérennisation de la paix », conformément à l'esprit des résolutions identiques sur l'examen du dispositif de Consolidation de la paix adoptées, en 2016, par l’AG ONU et le Conseil de Sécurité.

Au moment où l'Union africaine assume plus de responsabilités en matière de paix et de sécurité sur le continent qui, rappelons-le, accueille 10 des 16 opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU, il est préoccupant de constater que l’absence de financement prévisible et durable obère le potentiel de l’organisation panafricaine, dans ce domaine.

Ma délégation salue les efforts menés jusque-là dans la recherche de mécanismes de financements prévisibles, durables et flexibles des opérations de paix de l’Union africaine autorisées par le Conseil de sécurité et dont l’adoption, en novembre 2016, durant la présidence sénégalaise du Conseil, de la résolution 2320 (2016), constitue une étape importante en ce qu’elle a ouvert de réelles perspectives pour approfondir la réflexion sur le meilleur moyen d’assurer le financement durable et prévisible des opérations de paix de l’Union Africaine.

Les quatre options de financement identifiées par le Secrétaire général de l'ONU dans son rapport sur les modalités possibles du processus d’autorisation des opérations de paix de l’Union africaine et de la fourniture d’un appui à ces opérations sont solides, réalistes et à même d’aider le Conseil de sécurité à prendre des mesures concrètes à ce sujet.

En conséquence, nous osons espérer que le Conseil fera montre de toute la volonté politique nécessaire pour réserver une suite appropriée à cette importante question, en travaillant collectivement, dans un esprit constructif, à l’adoption d’une résolution de fond établissant le principe suivant lequel les opérations de soutien à la

paix mandatées ou autorisées par l’UA avec le consentement du Conseil de sécurité des Nations unies doivent être financées par les contributions mises à recouvrement au budget des Nations unies, avec des décisions sur le financement de missions particulières à entreprendre, au cas par cas.

Je vous remercie de votre aimable attention.