| ||||||||||||||
|
______________________________ Conférence
Panafricaine des Intellectuels, Forum de concertation
RAPPORT GENERAL Professeur
Iba Der THIAM Répondant à l'invitation de Son Excellence Abdoulaye WADE, Président de République du Sénégal, chargé par ses pairs, lors du sommet de l'OUA, tenu à Lomé en Juillet 2000, d'inviter 500 intellectuels, Hommes et Femmes de Culture, dont 300 provenant du continent et 200 de la diaspora, à se retrouver dans le courant de la première quinzaine du mois de Mai 2004 autour du thème " Contribution des intellectuels, Hommes et Femmes de Culture de l'Afrique et de la diaspora à la construction de l'Union Africaine ", un forum de concertation entre intellectuels, hommes et femmes de culture de l'Afrique et de la diaspora, s'est réuni en prélude aux assises de la commission préparatoire de la Conférence panafricaine des intellectuels, Hommes et Femmes de Culture de l'Afrique et de la diaspora, les 14 et 15 décembre 2003, à Dakar (hôtel Méridien Président). Etaient présents :
La séance d'ouverture, présidée par Son Excellence le Président Abdoulaye WADE, a duré 6 heures d'horloge et a été rehaussée de la présence de leurs Excellences :
La réunion a tout d'abord entendu une importante intervention du Président WADE, retraçant l'historique de la création de l'Union Africaine, la signification symbolique de cet événement capital ainsi que les perspectives que cette option ouvre à notre continent au regard des défis qui l'interpellent. En panafricaniste convaincu, il a fortement insisté sur l'unité du continent africain, la solidarité des peuples arabes et africains qui la composent et la nécessité de renouer les contacts avec la diaspora africaine si riche de potentiel et si désireuse d'apporter sa contribution à l'édification de l'Union Africaine. Après avoir regretté le fait qu'au lendemain de l'indépendance très peu de gouvernements africains aient fait à leurs Intellectuels, Hommes et Femmes de Culture, la place qu'ils auraient dû occuper dans la définition d'une politique nationale et dans la mise en uvre des idéaux de l'OUA, le Président WADE a vivement souligné qu'il était temps que l'Afrique fasse confiance à ses fils et à ses filles du continent et de la diaspora en les invitant à se pencher sur tous les documents concernant aussi bien l'Union Africaine que le NEPAD pour les enrichir dans un processus de réflexion critique destiné à éviter au continent tout risque d'échec dans la nouvelle page d'histoire qui vient d'être ouverte. En terminant, il a tenu à souligner que l'Afrique n'a jamais été conquise. Elle a tout au plus perdu une bataille. Elle n'a jamais perdu la guerre. Les peuples africains ont développé depuis l'aube des temps un processus continu de résistance contre toutes les formes d'invasion ou d'agression, qu'il s'agisse de la colonisation, de la traite négrière, de la néocolonisation, de l'apartheid, de la détérioration des termes de l'échange ou des manifestations d'autoritarisme imposées par des systèmes ignorant les Droits des Peuples à la démocratie, à la dignité, à la liberté, à la justice sociale, à la paix et au bien-être matériel. Ce mouvement qui ne s'est jamais démenti constitue la dynamique interne permanente de l'évolution des sociétés africaines. Ce processus de résistance se poursuit encore aujourd'hui dans chacun de nos Etats actuels. L'histoire de notre continent doit accorder à cette volonté inébranlable de résistance des peuples africains la place qu'elle mérite. Lui succédant, les personnalités suivantes ont pris la parole :
Après une brève suspension de séance, le Président WADE, revêtant, à l'occasion, beaucoup plus son manteau d'intellectuel que celui de chef d'Etat, s'est livré à un échange interactif d'avis et d'opinions avec les participants. Celui-ci, prévu initialement pour durer une heure, a, en définitive, duré quatre heures, preuve assurément que cet exercice passionnant, qui a été suivi avec un intérêt tout particulier, correspondait à un besoin. C'est, sous les applaudissements de ses collègues, que le Président du Sénégal a été autorisé à se retirer. Ce fut alors que le bureau de séance suivant a été mis en place pour piloter la suite des travaux. En application des principes en vigueur à l'Union Africaine, il a été constitué sur une base de parité Homme/Femme. En voici la composition :
La réunion a, sur les bases ainsi définies, constitué trois commissions dont chacune a été invitée à réfléchir sur une thématique déterminée : Commission
1 : " Radioscopie de l'Union Africaine " Thèmes
: Commission n° 2 : L'Afrique et la diaspora Présidents
: Safiétou NDIAYE DIOP (Sénégal) 1)
La diaspora et l'Union Africaine Commission
n° 3 : Proposition à la Conférence préparatoire et à
la Conférence panafricaine 1)
Ordre du jour des deux rencontres Enfin, la réunion a désigné aux fonctions de rapporteurs généraux le Docteur Molefi Kete ASANTE, Professeur d'Etudes Africaines à Temple University (USA) et le Professeur Iba Der THIAM, Professeur d'Histoire à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Coordonnateur de la Commission Nationale Sénégalaise des Intellectuels. Au terme de leurs travaux, les participants ont adopté la déclaration suivante : Les intellectuels, Hommes et Femmes de Culture de l'Afrique et de la diaspora, réunis à Dakar, les 14 et 15 décembre 2003, ont tenu à approuver la décision historique prise par le Président Khadafi, appuyé par plusieurs des ses pairs, de convoquer la conférence de Syrte de 1999 qui a jeté les bases de la création de l'UA. Il s'agit sans conteste d'une des initiatives les plus positives et les plus porteuses d'avenir que les leaders politiques africains ont eu à prendre au cours des 40 dernières années. A l'heure où de grands ensembles se constituent à l'échelle planétaire, modifiant ainsi les données géopolitiques pré-existantes, l'Afrique n'a de chance de survivre qu'à la condition de conjurer son émiettement en 52 Etats, en concevant un projet fédérateur continental intégrant dans un même ensemble la totalité des entités qui la composent. Face aux défis de la mondialisation, il y a là une exigence fondamentale. En s'y conformant, malgré tout ce qui a été entrepris pour la décourager, l'Afrique a donné la preuve qu'elle est un continent majeur capable de prendre en main son destin. Les intellectuels, Hommes et Femmes de Culture, réunis au Forum de Dakar, félicitent tous les leaders du continent et saluent cette décision historique de mettre en place l'Union Africaine. Les Intellectuels, Hommes et Femmes de Culture, appuient donc la démarche qui a été initiée, et s'engagent à la défendre, à la faire connaître afin qu'elle gagne les consciences et constitue pour les jeunes, les femmes, les travailleurs, les partis politiques, la société civile, etc un viatique irremplaçable. Ils invitent leurs pairs à s'investir pleinement dans cette mission dont dépend l'avenir de notre continent. Ils n'ignorent rien des frustrations, des brimades, des processus de marginalisation et quelquefois même de répression dont l'intelligentsia africaine a été l'objet, dans le passé et dans le présent. Ils reconnaissent cependant qu'à cause précisément de la volonté de résistance des peuples africains, la situation des Droits de l'Homme, le Droit d'expression, la Liberté de critique des Intellectuels et des peuples ont enregistré des avancées significatives, quelles qu'en soient les limites. Il faut élargir ces espaces en acceptant de s'engager au quotidien au service de cette noble cause du panafricanisme militant, gage de notre avenir. Nous devons réinventer une nouvelle façon de penser les problèmes du continent et de mieux participer à la vie de nos Etats. Les Intellectuels, Hommes et Femmes de Culture, estiment, par ailleurs, qu'en prévoyant, dans le Protocole additif de l'Acte constitutif de l'Union Africaine, de tendre la main à la diaspora africaine, les Chefs d'Etat ont pris une excellente décision dont les conséquences seront considérables. La jonction entre le continent africain et sa diaspora rétablit une continuité historique sans laquelle notre passé, notre présent et notre futur ne pourront jamais être correctement saisis. C'est dans les rangs de la diaspora que le panafricanisme a pris naissance et s'est affirmé à travers des actions d'éclat, des sacrifices et des souffrances dont le poids historique a été déterminant dans la conquête des indépendances africaines. Aujourd'hui, ces peuples, jadis séparés de leurs origines par des actes de violence, souhaitent se mobiliser pour apporter leur contribution à leurs frères et surs de l'Afrique mère, de sorte qu'ensemble ils réussissent à relever tous les défis. Les Intellectuels, Hommes et Femmes de Culture saluent cette volonté et entendent la soutenir. Pour eux, la diaspora doit effectivement être la 6e région de notre continent. Comment ? Sous quelle forme ? Selon quels mécanismes ? Pour jouer quel rôle ? Dans quel cadre ? Selon quelles modalités ? Mieux, ils ont posé un nouveau paradigme : que peut faire la diaspora pour l'Afrique ? Que peut faire l'Afrique pour la diaspora ? Les Intellectuels, Hommes et Femmes de Culture de l'Afrique et de la diaspora doivent répondre à toutes ces questions au terme d'un effort de réflexion et de proposition concertée conduit avec responsabilité et efficacité. La solidarité entre Africains du continent et ceux de la diaspora doit s'étendre à tous les domaines. Elle doit être permanente, solide, déterminée, engagée pour être invincible. Elle doit reposer sur la conscience et la conviction partagée que notre destin est commun et que l'appartenance à un même continent nous impose la mission de participer à sa réalisation. Ce n'est que de cette façon que nous pourrons vaincre l'afro-pessimisme, donner une bonne image de notre continent et de ses populations, réaliser les projets contenus dans la déclaration du millenium et aller bien au-delà, en bâtissant un développement durable respectueux de l'environnement, porteur de progrès économique et social pour tous, comme le NEPAD en trace la perspective lumineuse. Au terme de cette analyse, les participants ont adopté des recommandations qui figureront dans la version définitive du présent rapport.
Fait
à Dakar, le 17 décembre 2003
| |||||||||||||
| ||||||||||||||